Gribouillamini

L'art en intraveineuse

Robert Reed – Le voile de l’espace

Cornell Novak grandit dans une petite zone résidentielle, élevé par un père amateur d’ovnis qui l’emmène dans ses enquêtes de terrain avec l’aide de leur voisin, Pete. Il attend le retour de sa mère, enlevée il y a bien longtemps par des extraterrestres. Les déplacements de Cornell, son père et Pete, les amènent à investiguer sur d’étranges disques de verre qui apparaissent en tout endroit.

Un soir, le ciel étoilé disparait pour laisser à la place une vue inversée du globe terrestre, comme si l’on regardait la surface terrestre de l’intérieur.

Voilà, voilà. Je ne résume pas le reste de l’intrigue, car elle n’a presque rien à voir et le piètre résumé qui précède montre déjà mon intérêt pour ce livre.

Il est rare de voir une oeuvre débuter aussi bien et ensuite partir complètement en vrille pour la suite. La première partie suit l’enfance de Cornell auprès de son père, jusqu’au Changement, le soir où le ciel s’est inverti. Cette première partie est clairement réussie: le lien particulier entre l’enfant et son père, la disparition de sa mère qui marque, fort logiquement, sa jeunesse, ce changement étrange qui laisse tout le monde abasourdi. Le style est touchant et agréable, les comportements de chaque personne sont intéressants, on pénètre vite dans la vie de Cornell, de ses voisins et la quête paternelle sur la vie extraterrestre et leurs potentielles visites. J’étais sous le charme, m’attendais à un roman génial, original, prenant par ces implications sur Cornell et son père, l’histoire résonnait chez moi de certains échos personnels. Ce début avait vraiment un gout de Robert Charles Wilson dans la façon de créer des personnages simples, mais riches, leurs relations et l’arrivée d’un évènement déclencheur d’une intrigue originale et qui oblige les protagonistes à suivre malgré eux des changements grandioses.

Hélas.

Dès le début de la seconde partie, j’ai senti que c’était illusoire. L’histoire fait un saut dans le temps pour retrouver Cornell qui se retrouve embrigadé dans une structure gouvernementale top secrète qui s’occupe d’étudier ce Changement et cherche à créer un contact avec les extraterrestres hypothétiques ayant bricolé le ciel étoilé, qui ne serait qu’une facade. Le but ultime étant, bien entendu, d’obtenir des technologies avancées. Déjà, ce trope de l’agence américaine top secrète, je n’en peux plus. Passons.

Les disques de verre? On s’en fout? Le ciel qui s’inverse? Bof, pas envie. Maintenant on a droit à des espèces de trous de vers qui permettent d’atteindre d’autres mondes. Pourquoi pas, mais la bascule se fait d’un seul coup, plouf. On se retrouve donc avec le héros, qui ne parle quasiment plus à son père qui sombre dans une espèce de démence paranoïaque, obnubilé par son obsession des extraterrestres. Ce héros explore une étrange planète-désert, les sbires de l’agence gouvernementale sont à la recherche d’une étrange voix qui les attire dans un canyon-gouffre-on sait pas trop quoi. Lors de la traversée, les agents s’incarnent dans la peau de l’organisme le plus proche ou dominant dans la région d’accueil, en l’occurrence une espèce très particulière dont l’esprit est incarné dans un organisme différent du corps et ce corps est multiple, comme une meute contrôlée par un seul esprit.

Tout ça aurait pu être très intéressant, mais non, c’est mal expliqué, certaines explications sont foireuses, on passe du coq à l’âne dans les descriptions et les actions, par moment j’étais obligé de relire des passages, car je ne comprenais simplement pas pourquoi ni comment certaines choses arrivaient. Les personnages deviennent caricaturaux et sans intérêt, Cornell se retrouve en couple avec une agente en passant très rapidement d’un rapport ou chacun est sur ses gardes à un rapport où c’est bon on couche ensemble et on s’appelle « mon chou ».

Petite parenthèse sur la traduction qui ne doit pas être terrible et n’aide pas à apprécier le résultat. Quand je vois qu’un personnage dribble avec un ballon de baseball, je mise plus sur une mauvaise traduction, l’auteur étant américain cela m’étonnerait que l’erreur vienne de lui? Si? dites moi que c’est pas possible…

C’est simple le reste du bouquin est d’une telle nullité que je n’ai même pas envie de détailler plus ce qu’il se passe, à part que vers la fin ça raccroche vaguement le wagon de la première partie, que Cornell retrouve sa mère et au final c’est juste une connasse. Tout est dénué de cohérence, tout ce qui se passe est gratuit, amené sans subtilité ni grande logique. Ne parlons même pas du niveau de réalisme des principes de fond. Voilà, voilà, ça fait rêver, hein?

Mention spéciale pour la scène où le héros s’envole avec sa comparse du fond du gouffre pour échapper à la fameuse voix, ce contact tant recherché, qui n’est en fait qu’un gros con. En s’enfuyant, le héros profite de l’altitude pour chier sur tout ça, littéralement. Grand moment de lecture.

Un tel changement de qualité au sein d’un roman me fait halluciner, à tel que même après l’avoir fini je me demande si il n’y a pas eu deux écrivains différents. Ça se ressent même dans le style et la qualité d’écriture, d’autant plus qu’à quelques reprises Cornell retrouve son ancienne vie et son père et dans ces moments on retrouve les qualités de la première partie.

En fait pour faire simple, dès qu’on est dans les parties qui concernent la relation de Cornell et son père c’est bien, dès qu’on est sur la planète-désert c’est sans intérêt. C’est dommage, car j’ai trouvé que cette relation conflictuelle père-fils était intéressante, touchante et nuancée, car les positions respectives sont humaines. Ça se ressent dans les deux-trois dernières pages, car l’histoire conclut sur une sorte de retrouvailles père-fils avec la fiancée de Cornell, qui en passant est en fait extraterrestre, et j’en étais à me dire que finalement il n’était pas si mal ce livre alors que les 30-40 dernières pages sont un calvaire à la Jimmy Guieu. Mais en fait, c’est là que touche le gros problème de ce livre, c’est que hormis la première partie et la toute fin, le reste ne mérite pas d’être lu.

C’est la boite à livre qui va être contente.

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