Ecriture & Cie

Vincent Dubi

Robert Jackson Bennet – American Elsewhere

Mona apprend que son père est mort et lui lègue plus de choses qu’elle n’aurait attendu de lui, une Charger rouge qu’elle a toujours rêvé de conduire et qui l’amènera vers son legs le plus étrange, une maison ayant appartenu à sa mère, suicidée il y a de nombreuses années. Elle découvre ainsi Wink, petite ville du Nouveau-Mexique dissimulé aux regards et attentions du monde extérieur, qui lui apparait mystérieuse sous les aspects heureux d’une population qui vit dans un autre temps, où la poussière n’a pas sa place sur les barrières de jardin blanches et les tartes du dinner.

Elle comprendra rapidement qu’il y a plus que ses habitants, plus que les apparences et les comportements superficiels. Les habitants de Wink se terrent chez eux la nuit, passent des marchés avec des présences à l’extérieur de la ville pour préserver leur mode de vie parfait. Tout semble s’articuler autour d’un laboratoire de physique perché au-dessus de la ville et dont sa mère était l’une des chercheuses. Le laboratoire est abandonné depuis des années, mais continue d’influencer la vie de Wink par des évènements passés qui forment un curieux puzzle et implique une mère qu’elle n’a jamais connue, loin de l’état qui l’aura poussé au suicide.

L’ancienne inspectrice de police devra gratter le vernis bien malgré elle pour dénicher des informations sur sa mère et ce qu’il se passe réellement dans cette ville à l’ambiance si particulière et ses habitants figés dans l’ambre de leurs choix et du passé.

Comme vous pouvez le constater, ce topo rapide pour vous présenter ce livre de Robert Jackson Bennett pourrait être celui de n’importe classique de cette littérature américaine qui aime retourner les tapis afin d’y dénicher les travers de la société et nous brancher sur une réalité dérangeante et comme extérieure au réel. Le parallèle aux oeuvres de Stephen King et Neil Gaiman est mérité, on y retrouve effectivement ce qui fait la particularité de ces auteurs, avec une touche supplémentaire de Robert Charles Wilson, à mes yeux du moins.

L’intérêt est capté dès le début, nous embarque sur la place passager de la Charger de Mona et nous implique non seulement dans sa trame personnelle, mais aussi dans celle du passé de Wink et des avenirs potentiels qui en découlent et s’entremêlent avec ceux de Mona pour ne former qu’un tout. Ce roman est un savant mélange de science-fiction et de fantastique avec un léger panachage d’horreur (dans la logique, non pas dans ce qui est décrit). L’histoire est prenante, malgré une écriture qui, même si elle est bonne, reste assez simple, très descriptive et dans l’action. Par moment, des explications un peu hâtives, maladroites ou trop appuyées apparaissent mais ne gâchent rien, certains trouveront surement que cela gâche la lecture par moment mais cela ne m’a pas choqué.

Le récit est maitrisé, il n’y a pas eu dans la lecture de moment de moins bien, le récit se déroule sans grande surprise mais tiens en haleine, l’attention est stimulée pour savoir ce qu’il va se passer ensuite même si on l’a deviné depuis un moment. Certains trouveront le rythme assez lent par moment mais j’ai toujours trouvé ces moments cohérents avec cette écriture la plupart du temps assez posée. Les personnages sont intéressants, bien campés et participent tous du contexte global, sans que leurs histoires personnelles soient mises de coté ou paraissent rapportées.

Un seul point m’a chagriné à plusieurs moments de la lecture. L’auteur insiste sur ce qu’il se passe si les habitants risquent à sortir de chez eux la nuit, mais à aucun moment on ne voit ni ne sent ce qu’il se passe réellement et ce danger perds en conséquence de son pouvoir sur l’imagination. Cela ne choque pas spécialement à la lecture mais après coup j’aurai aimé un développement de cet aspect pour ajouter à l’aspect lugubre qui transparait et son contraste avec cette vie idyllique que recherchent les habitants.

LE point fort de cette histoire est la profondeur des thèmes abordés, traitée avec intelligence et, je trouve, humanité. Robert Jackson Bennet transforme l’idéal de vie à l’américaine autant idolâtré que haï en ce qui aura figé Wink et va décider de l’avenir de ses habitants. La relation entre Mona et sa Mère (vous comprendrez la majuscule en lisant) se mêle à une quête du bonheur qui est parfois imposé par les autres, parfois recherché par conformisme ou par aveuglement, parfois découlant d’une démarche sincère. Les différents cas s’entremêlent avec la relation mère/fille qui s’élargit pour devenir universelle et structure la vie de Wink (et de ses “habitants”) qu’elle qu’en soit le prix, les sacrifices à faire qu’on le veuille ou non ainsi que ce l’on obtient au final. Une fois passée une fin réussie et qui clôt intelligemment l’histoire, c’est le traitement du sujet de ce que l’on veut et peut faire de nos vies qui restera dans ma mémoire.

En conclusion, c’est un très bon roman, je ne le classerai pas dans mes préférés mais il me parait difficile de ne pas accrocher à cette histoire, son ambiance, aux péripéties de Mona et aux idées abordées. Robert Jackson Bennet aura su capter mon attention et mon intérêt tout au long d’un bon pavé qui aura passé outre ses inspirations et trouvé son propre ton. Une très bonne lecture!

Site officiel de Robert Jackson Bennet

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