Ecriture & Cie

Vincent Dubi

John Varley – Blues pour Irontown

Une chronique assez rapide pour vous parler du livre d’un auteur que je ne connaissais que de nom : Blues pour Irontown de John Varley. Rapide, car ce livre rentre dans une catégorie spéciale de mes gouts : les livres divertissants. De la même manière que certains films ou séries, ces livres sont ceux que je trouve intéressants, mais qui sont avant tout l’occasion de passer un bon moment de détente sans chercher à répondre à des questions existentielles ni à refaire le monde. Juste le plaisir simple de tourner les pages en suivant l’imagination de l’auteur et d’arriver à la fin en ayant la sensation d’avoir déconnecté pour un temps de tout ce qui nous entoure et nous entrave. Les œuvres parfaites pour lire le soir après une journée de travail et ensuite dormir paisiblement.

Vous comprendrez donc que Blues pour Irontown ne révolutionnera pas la littérature et ce n’est pas ce qu’il nous propose. Ce roman assez court prend place dans l’univers des Huit Mondes, les différents livres étant des histoires indépendantes. Une femme infectée par une maladie étrange passe la porte du bureau de détectives Bach et Sherlock, et les envoie sur la piste du mystérieux amant qui lui a transmis cette lèpre modifiée. De fil en aiguille, Bach, ancien policier déchu lors de la Grande Panne, et Sherlock, son fidèle chien augmenté artificiellement pour être plus intelligent, devront affronter leurs peurs et découvrir ce que cache cette mystérieuse cliente ainsi que ce qui se trame autour des conséquences de la Grande Panne et de l’enclave Heinleiniste, composées d’une frange de citoyens opposés à la société et qui se cache au milieu d’une zone de non-droit pour reclus de cette même société, Irontown. Cette zone ramènera les souvenirs de son ancienne vie à Bach, qui y aura passé ces derniers instants de policier lors d’une intervention catastrophique lors de la Grande Panne, intervention qui l’aura marqué et sera décisive pour la suite de l’histoire.

John Varley a une écriture simple et efficace, évocatrice et teintée d’un humour léger qui me convient à merveille, quelques références de SF et du polar parsèment de plus cette histoire somme toute assez basique. L’ambiance SF et polar marche très bien et j’ai beaucoup apprécié les quelques éléments du passé en arrière-plan, surtout le fait que les humains aient été chassés de la Terre par des envahisseurs et ont été contraints de coloniser les planètes, satellites et planétoïdes du système solaire sans toutefois pouvoir se développer à outrance au risque de s’attirer la foudre de ces envahisseurs. De la même façon, les capacités d’améliorations et de régénération des êtres vivants font partie du récit sans qu’il n’en soit fait des tonnes, cela sert souvent d’astuces d’écriture, mais pour ce genre de récit, c’est parfaitement seyant.

Ce qui m’aura le plus attiré l’attention dans ce livre est la structure à deux voix, celle de Bach étant alternée avec celle de son chien Sherlock, le mélange se fait intelligent et assez original. Ce point de vue d’un chien amélioré est souvent cocasse et le lien avec son maitre est toujours bien relevé et démontre que l’auteur, comme il l’explique dans une interview, aime particulièrement les animaux et cela se ressent. J’ai beaucoup apprécié cette insistance sur les liens de meute que Sherlock va devoir suivre ou prendre en main suivant l’évolution du récit.

Le seul point faible qui m’aura laissé un petit peu sur ma faim à la fin est le côté un peu creux de l’intrigue d’enquête. Dès lors que nos enquêteurs découvrent qui est la cliente, le récit s’accélère comme si finalement tout ce que nous avons lu avant n’avait pas trop d’importance et ne servait que d’astuce d’écriture pour justifier les allées et venues précédentes. Un peu plus de nerfs dans cette enquête n’aurait pas apporter grand-chose de plus à l’histoire, mais enlèverait à minima cette légère frustration d’avoir suivi en début d’aventure un prétexte plus qu’un récit.

Une chronique rapide donc, car à mes yeux cela n’a pas de sens de vouloir décortiquer pendant des heures ce type de récit, cela n’est pas son essence. On pourrait vouloir plus de développement sur beaucoup d’évènements évoqués ou sur certaines composantes de l’histoire mais cela ne me parait pas génant pour ce type de SF. On retrouve quelques thèmes intéressants, surtout axé sur les évolutions cybernétiques et neurologiques, ainsi que ce qui tourne autour de l’impact de l’effondrement de l’IA appelé le Calculateur central et le passé de Bach lors de cet évènement. Rien de transcendant vis-à-vis de ces thèmes, de même que sur l’ambiance polar et détective en imperméable, mais tout cela marche et c’est l’essentiel. La SF basique mais bien faite c’est bien aussi.

Si vous voulez passer un bon moment à suivre l’histoire d’un détective épaulé par son chien superintelligent dans un univers SF teinté de polar et d’humour, foncez, vous ne serez pas déçu. Parfois nous sommes nombreux à mettre en avant et souhaiter des œuvres originales, émouvantes, qui nous prennent par les tripes et le cerveau pour nous transformer et laisser leurs traces dans nos réflexions et notre perception du monde. D’autre non, où à une échelle moindre, et j’ai autant de respect pour ces écrivains qui arrivent à nous faire passer un bon moment, c’est tout ce qu’il nous faut parfois : un moment serein à nous évader au fil des pages. John Varley fait partie de ces écrivains et je l’en remercie. Ile ne me reste plus qu’à lire ces autres romans.

Site de l’auteur

La chouette couverture est d’Alain Brion.

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