Ecriture & Cie

Vincent Dubi

Chris Vuklisevic – Derniers jours d’un monde oublié

Pour une première chronique sur ce site, j’ai décidé de commencer par le dernier livre acheté, logique, ce n’est pas comme si j’avais une pile à lire qui n’attend que moi. Mais bon la couverture me faisait de l’œil, c’est comme ça, la chair est faible et je ne résiste pas devant un beau visuel.

Chris Vuklisevic tisse un monde où un évènement, la Grande Nuit, sépare du jour au lendemain l’ile sur laquelle se déroule l’histoire, du reste du monde. Cette ile est structurée autour de plusieurs entités ou factions ; les Natifs, royauté ancienne aux aspects reptiliens ; la Bénie, éminence spirituelle, appuyée par un conseiller dont l’influence est tentaculaire ; la Main, personnage sombre qui inspire la peur à la population et contrôle les naissances et morts sur une ile où l’eau est une denrée précieuse et la consanguinité un danger; enfin, les Ashims, peuple étranger ayant réussi à rejoindre l’ile juste après la Grande Nuit et vivant donc depuis plusieurs siècles sur l’ile. Cette société fonctionne, tant bien que mal, jusqu’au jour où un bateau étranger approche de l’ile, après plusieurs siècles d’isolement.

Après avoir fini le livre et même pendant, j’ai hésité à commencer mes chroniques par celle-ci, car vous allez voir, je ne suis pas aussi dithyrambique sur les qualités de ce roman que toutes les chroniques que j’ai pu lire après coup. Le livre n’est pas mauvais, vraiment, mais j’ai eu du mal à lire, à le finir et ensuite il m’a fallu quelque temps pour le digérer. Cette chronique est compliquée pour moi, car je sens qu’une des raisons qui me fait rejeter en partie ce roman est surtout personnelle et donc subjective. Il faut savoir que j’ai une aversion totale, dans les livres et la vie en général, envers la cruauté, surtout si elle est gratuite, et les injustices. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime que les histoires de bisounours ou à l’eau de rose, mais il me faut un minimum de positif et d’espoir dans l’histoire, ou alors si l’histoire n’est qu’une descente en enfer, qu’elle soit justifiée par son contexte ou que cela participe vraiment de la psychologie des personnages. Le monde m’est suffisamment triste et désespérant pour qu’il me faille des histoires où je retrouve un semblant de beauté et d’espoir.

En cela réside l’écueil dans lequel je me suis empêtré très rapidement en lisant. Certains ressorts cruels et dérangeants sont un peu gratuits et deviennent rapidement anticipables. Cela m’a fait sortir rapidement de cette bulle psychologique qui nous fait accepter les partis pris d’une histoire et la suivre en mettant de côté notre propre structure de pensée. Là où NK Jemisin et ses Livres de la Terre Fracturée m’ont malgré tout donné envie de continuer et d’apprécier leur contenu, car participant d’une cohérence globale, « Derniers jours d’un monde oublié » m’a fait décroché ou par moment révolté, car je n’arrivais plus à faire le lien entre ces passages cruels et la trame globale ainsi que cette société pourrie jusqu’à la moelle et ses personnages qui, au final, deviennent assez transparents par leur inhumanité.

En plus de devoir accepter ces ressorts, il faut en ajouter quelques autres, intrinsèques au monde et non au personnage : cette catastrophe qui sépare les mondes sans qu’on en sache rien, finalement ils ne sont pas si séparés que ça sans qu’on ne comprenne pourquoi non plus, des encarts entre chapitres qui deviennent rapidement trop décalés avec le reste du roman dans leur ton et même dans la logique de ce monde. Il y en a quelques autres et le tout provoque mon décrochage.

C’est dommage, car si au final je ne trouve pas ce roman mauvais c’est aussi — outre le fait que j’essaye de mettre de coter mon aversion pour ce style d’histoire (qui n’est pas la faute de l’auteure) — car Chris Vuklisevic écrit bien, sait construire le rythme et construit malgré tout un monde que je trouve intéressant, dans sa construction et son ambiance. J’ai apprécié l’organisation de cette société avec ces principes de contrôles des naissances et morts, son contrôle des talents et l’abus de pouvoir de ceux qui la dirigent sans que cela soit totalement dénué de logique.

Même si j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, certains ont eu un certain écho en moi, la Main par exemple, que j’ai trouvé réellement intéressante, ainsi qu’Arthur Pozar, dans une certaine mesure. En fait, après avoir digéré cette histoire, j’ai l’impression qu’elle aurait généré plus de prises avec un développement plus important sur certains aspects du monde et surtout sur le cheminement des personnages, ainsi qu’un dosage plus subtil sur la cruauté. En fait, ce qui me dérange dans cet aspect, c’est qu’il me parait aussi improbable d’avoir un monde extrêmement cruel qu’un monde où les licornes galopent dans des champs arrosés d’amour. Le dosage de cet aspect est donc important pour rester crédible.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas accroché. Mais je ne l’ai pas non plus trouvé dénoué d’intérêt. Contrairement à d’autres romans dans ce style qui me détourne carrément de l’auteur (coucou Pierre Bordage et Richard Matheson !), j’ai hâte de découvrir la prochaine œuvre de Chris Vuklisevic pour qu’elle me fasse changer d’avis, je suis sûr qu’elle peut nous proposer un monde encore plus développé et plus subtil. Elle a tout à fait l’étoffe de produire un aussi bon, voir meilleur travail que les « Livres de la Terre Fracturée », auquel j’ai beaucoup pensé en lisant « Derniers jours d’un monde oublié ».

Cela étant dit, même si ma chronique vous parait négative, je vous invite malgré tout à vous faire votre propre idée sur ce roman, car je ne le déconseille pas et vu le nombre d’avis positifs sur le net il me semble être une exception en cette occasion (dû à mes gouts personnels), donc essayez de votre côté, je serai ravi de lire vos commentaires fustigeant ma vision qui n’est somme toute que personnelle et forcément restreinte.

Pour toutes les chroniques, je mettrai les liens des artistes concernés, dans la mesure où ils ont des sites ou sont sur les réseaux sociaux.

Pour Chris Vuklisevic, je n’ai trouvé que son Instagram.

La couverture qui déboite est d’Alain Brion, que je ne connaissais pas, son portfolio est top !

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