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Vincent Dubi

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L’IronMan Off

Ou « Comment visiter autrement le massif de la Chartreuse »

Pour commencer, quelques définitions, histoire d’avoir l’air sérieux :

IronMan : Les Ironman sont des courses de triathlon consistant à enchainer 3,8 km de natation, 180 km de cyclisme puis un marathon (42,195 km) en course à pied.

Off : Sortie organisée entre UFOS (UltraFOndus), sans dossard, sans classement et dans un esprit de partage. Le choix du parcours est souvent attractif. Une définition parfaite a été donnée par Christopher Mc Donald, traduit par Philippe50 : « Il s’agit de courses régies par 3 règles : pas de frais d’inscription, pas de récompenses, pas de pleurnicheries ».

Carte du massif de la Chartreuse

Suite à de longues discussions concernant ce format de triathlon, certains membres du forum Ultrafondus (aujourd’hui disparu, paix à son âme) ont lancé l’idée d’organiser un IronMan en off. L’initiative en revient à Emmanuel Lamarle, qui lança le mouvement en janvier pour une rencontre fin juillet.

Ces quelques mois d’écart se passèrent avec moult discussions sur l’organisation, différents parcours, les conseils de triathlètes chevronnés. Trois participants au total pour ce petit défi amical, Emmanuel, Yakow45 et moi-même.

Après de longs mois à continuer mes entrainements habituels, je me dis que faire 3,8 km de natation sans avoir nagé depuis douze ans risque d’être une situation pour le moins périlleuse. Une semaine avant les hostilités je me décide donc à prendre une carte à la piscine municipale et à m’envoyer des longueurs. Ou plutôt essayer, parce que mine de rien ce n’est pas facile ces bêtises. Pas de problèmes pour nager, c’est plus ma technique de respiration totalement nulle, voire absente, qui me gêne. Pas de soucis, un off est modulable, contrairement aux compétitions. Je décide donc que le jour J je ferai un équivalent en temps, le but étant de partir sur le vélo avec la même base de fatigue que si j’étais un vrai nageur et fais la vraie distance.

(En passant, j’adore le chlore, c’est vraiment adorable comme odeur.)

Bref après des mois de vélo, de girevoy, deux séances de piscine et pas des masses de course à pied, je démonte gentiment mon vélo pour le mettre dans sa housse toute neuve et partir prendre le train. Première épreuve, traverser Paris avec un vélo sur l’épaule dans une housse, le pied total. Après un trajet en train très rapide jusqu’à Grenoble, j’attends sous une canicule de plomb à la gare routière-vivarium pour un bus m’emmenant à St-Laurent-du-Pont, localité où habite Emmanuel qui m’hébergera très gentiment et qui est le point névralgique de notre triathlon. Pour un bon Francilien qui connait uniquement les plaines, c’est déjà un grand changement de paysages. J’en prends plein les yeux gratos. Tout ce récit se déroule dans le massif de la Chartreuse, entre Grenoble et Chambéry.

S’ensuit une bonne soirée de préparation, papotages, mangeage, dodotage et autres verbes qui n’existent pas. Réveil vers 6 h pour se préparer, prendre un café et préparer le paquetage. Direction le lac d’Aiguebelette, assez proche de Chambéry, pour attaquer cette folle journée. (Ou plutôt de ces deux journées, mais on ne va pas chipoter).

Ce lac est assez étonnant, d’une belle teinte bleu-vert et d’une température assez élevée, même à 7 h du matin on rentre dans l’eau sans problème. Première découverte de la journée, l’essai d’une combinaison de triathlon que j’ai acheté pour l’occasion. C’est assez étonnant, on est vraiment bien dedans et ça laisse toute liberté de mouvement. Dans l’eau c’est par contre assez étrange, ça augmente la flottaison mais demande un temps d’adaptation.

Nous accompagne à ce moment et jusqu’à la fin de notre parcours, Sandrine et Marie, respectivement compagne et sœur de l’organisateur. Elles nous assisteront, nous soutiendront et gèreront les ravitaillements tout du long, un énorme et sidéral merci à elles. Elles feront avec nous quelques longueurs, à raison, car le lac est très agréable pour nager. Nous accompagnera aussi pour la natation Catson, membre du forum qui est venu partager ce moment avec nous, merci à lui aussi.

Mes deux compères réussissent avec brio les 3,8 km. Yakow étant un nageur régulier, il finit en premier en ayant fait du rabe, le courant et l’orientation dans un lac pouvant provoquer quelques détours. Pas évident à gérer. Emmanuel nous termine ça peu après, ayant attaqué la natation depuis peu, c’est une belle réussite. Pour ma part je reste sur la ligne d’eau près du bord et enchaine comme je peux pour nager environ 1h20, à la fin la fatigue était bien là et je commençais à faire n’importe quoi. Objectif atteint pour tout le monde.

Photo en pleine action, LA Classe!

Après un changement de costumes digne de superwoman, nous montons sur nos fidèles destriers. Yakow ayant eu des soucis mécaniques avec son vélo de route, il prit son VTT pour réaliser le parcours.

La première boucle du parcours consiste en 35 km pour retourner à St-Laurent-du-Pont. Ce qui est pratique en nageant mal, c’est que l’on boit pas mal d’eau du lac et que pendant 35Km on est déjà bien hydraté, pas bête tout ça. Parcours relativement simple et roulant, une côte plutôt sympa vers le début. Très jolis paysages tout le long sur une route peu fréquentée. Emmanuel et moi roulons la plupart du temps ensemble, Yakow ne pouvant pas suivre le rythme avec un VTT.

Premier ravitaillement à la maison, on refait les niveaux, pour l’instant tout va bien. Un autre membre du forum, Bipedy, nous rejoint pour nous accompagner sur la deuxième boucle. C’est, à mes yeux, la partie que j’appréhende. 90Km à faire en passant le col du Granier, le col de Marcieu et le col du Coq, pas facile tout ça.

Nous roulons tranquillement en attendant de temps en temps Yakow pour ne pas le laisser trop seul. Rebelote : routes géniales, pas trop de voitures, paysages sublimes. La première difficulté, le col du Granier s’est plutôt bien passé. Par contre je me suis aperçu que le changement d’altitude — même si faible pour des personnes habituées, ce qui n’est pas mon cas — joue beaucoup. J’ai vraiment du mal à respirer correctement, par rapport à l’effort fourni l’essoufflement était trop marqué. En plus n’ayant jamais monté de col c’est une sacrée découverte, un peu rude mais qui se passe plutôt bien. Bipedy nous sème à chaque montée, très impressionnant. Emmanuel monte bien et j’arrive quand même à le garder à portée de vue.

Arrivés au sommet nous prenons un bon ravito et une bonne pause en attendant Yakow. Une fois réunis, nous redescendons pour quelques kilomètres avant d’aller en direction du col de Marcieu. Après la descente du col, nous prenons une route bien en côtes et avec une bonne averse qui durera un bon moment. Finalement cette averse fait beaucoup de bien, car jusqu’à présent le climat était assez lourd et rendait la respiration un peu désagréable. Un grand bain de frais, un peu humide certes, mais rien de gênant. Cette portion de route est vraiment très agréable, avec passage dans des forêts de sapin pour longer le bord du massif avant de remonter par le col de Marcieu. Nous voyons passer au loin les différents massifs environnants, magnifique.

Col plus dur que le précédent pour moi, là ça devient rude et raide. Ça passe bien quand même, n’étant pas excessivement long. Second ravito sur une table de pique-nique en haut du col. La pluie décide de s’arrêter à ce moment-là, merci à elle. Bonne pause bien agréable avec moult aliments qui font du bien par où ils passent. Nous attendons Yakow qui, après appel téléphonique, s’est en fait trompé de route et est redescendu dans la vallée. Résultat il fera la remontée complète, donc rab de dénivelé, chapeau, car ce n’était pas évident.

Nous repartons tranquillement en attaquant une descente et prendre une route nous amenant vers le col du coq. La météo est maintenant au beau fixe, nous passons devant des paysages épatants et le site de parapente où a lieu la coupe Icare.

C’est parti ensuite pour le col du coq, qui pour moi représente le pivot de la sortie. Une fois terminé je sais que mentalement le plus dur sera passé, même s’il reste encore de nombreuses heures à envoyer du kilomètre. Je repère en bas du col le panneau indiquant le sommet à 6Km et ça grimpe tout de suite. Cette montée a vraiment été très dure, énormément de mal à fournir l’effort, pédalage totalement en force du début à la fin. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou la raideur du col, mais j’avais l’impression d’escalader un mur. Montée effectuée dans les 6-8 km/h, le tout pendant 6 km je vous laisse imaginer à quel point le temps est long. À de nombreux moments j’ai vraiment eu envie de poser le pied à terre pour souffler un coup. Un magistral coup de pied mental et c’est passé en entier. Emmanuel et Bipédy m’attendaient en haut, Bipédy montant les cols comme si de rien était, chapeau. La montée était visuellement impressionnante, car se faisant à côté de la dent de Crolles.

Mesdames et Messieurs, la dent de Crolles!

S’ensuit une descente très raide et difficile, car la route est dans un état déplorable à cause de travaux forestiers en cours, cela oblige à freiner constamment. Vers le bas ça ne loupe pas, l’un d’entre nous crève en passant près d’une zone de bucheronnage. Emmanuel nous change ça vite fait bien fait. C’est reparti et 500 m plus loin c’est à mon tour de crever. Pas de pot. Bis repetita, car jamais deux sans trois puis nous continuons un peu la route avant que bipédy nous quitte pour retourner chez lui. Un grand merci à lui pour nous avoir accompagnés, ça nous a bien motivés et c’était très agréable.

Nous continuons donc à deux pour la descente qui retourne à Saint-Laurent-du-Pont. Descente sublime sur une belle route bien large et parfaite, avec des passages dans des tunnels. Cette route suit un cours d’eau le long duquel sont installées d’anciennes forges, bâtiments anciens très impressionnants. J’en ai vraiment pris plein les yeux dans cette portion, c’était génial.

Arrivée à la maison pour un bon ravito et surtout savourer la fin de cette boucle qui me faisait un peu peur. Globalement on sent la fatigue mais ça va, le corps n’envoie aucun mauvais signal. Suite du programme : une boucle de 25Km à faire deux fois. Le parcours est très roulant, aucune difficulté.

Au début le but pour ces boucles était de les faire tranquillement pour récupérer de ce que l’on venait de faire et ainsi aborder le marathon sereinement. Mais comme on est jamais à une folie près, on a, sans vraiment le décider, bourriné à fond pendant les 50 km. Première boucle à 28Km/h de moyenne, la deuxième à 30Km/h. Sur la première, petit début de crampe d’un mollet, parti rapidement. Je sens tout le long qu’il ne faut pas insister plus sinon mon corps se transforme en une crampe géante.

A la fin de notre première boucle, Yakow finit sa boucle de 90 km après en avoir bien bavé à faire le parcours en VTT, refaire la montée complète du col de Marcieu, etc. Il décide donc, à raison, de partir directement sur la partie course à pied. Vu la difficulté de ce qu’il vient de faire je le comprends et pas qu’un peu.

Une fois nos deux boucles finies à plein régime j’avoue avoir été assez satisfait de ce que l’on venait de faire. C’était marrant. Mais à ce moment-là on sent tous les deux que le corps commence à bien fatiguer, il est temps de refaire correctement les niveaux. Un bon repas pâtes gratinées-pain-jambon blanc remplit ce rôle à merveille.

Une fois rassasiés, nous attendons Yakow pour faire notre première boucle course à pied, lui sa deuxième. La partie course à pied consiste en une boucle de 10 km avec une bonne grosse côte au milieu, à faire quatre fois. La nuit tombe rapidement sur ce début de marathon. Le parcours est très sympa, un début en sentier pour aller dans les champs puis s’ensuit de la route pour retourner à la maison. La côte est vraiment raide et assez longue, nous la faisons systématiquement à pied. Sur toute la course à pied, nous avons alterné marche et course à pied. Sur la deuxième boucle, Marie nous a accompagnés, merci à elle, car c’était agréable et ça nous a beaucoup aidés pour ces kilomètres. Yakow s’arrêtera à sa deuxième.

Je pensais très honnêtement que ce marathon allait être dur, pas de craintes mais vu la fatigue et le chemin déjà parcouru je m’attendais à caler et devoir faire le plus gros en marchant. Que nenni ! Nous avons même bien couru en réussissant le marathon en negative split (en allant en moyenne de plus en plus vite). Ça m’a beaucoup étonné et là aussi ça m’a fait un grand plaisir. Tout le marathon s’est fait de nuit, mais malgré cela il faisait toujours assez lourd. Une fontaine nous a délicieusement rafraichis à chaque passage.

Retour à la maison pour la libération et le bonheur d’avoir atteint notre but. Vraiment content d’avoir réussi, j’étais relativement confiant dans ma condition physique, mais il y a toujours une très grosse part d’incertitude pour d’aussi longues épreuves. Cela me rassure aussi pour les futurs défis que je veux faire. Yapuka comme on dit.

Je tiens à remercier chaleureusement tous ceux qui ont participé à ce week-end qui restera dans ma mémoire à vie. Plus qu’un défi sportif j’ai vraiment passé un super moment avec des gens comme il en faudrait plus. Ça a été une très bonne expérience de vie.

Bravo à tout le monde et à la prochaine pour notre prochaine aventure.

Les chiffres du Off

Natation (départ 7 h 02)

Boucle 1 (13 × 300 m) : 1:50:00

Transition : 18 min

Vélo (départ 9 h 10)

Boucle 1 (35,8 km et 392 m D+) : 1:15:45 + pause 29 min

Boucle 2 (90,4 km et 2 418 m D+) : 6:56:39 + pause 26 min (+ pause 40 min au col du Granier et 55 min au col de Marcieu)

Boucle 3 (25,8 km et 93 m D+) : 0:57:47 + pause 11 min

Boucle 4 (25,8 km et 93 m D+) : 0:52:56

Transition : 48 min

Course à pied (départ 21 h 07)

Boucle 1 (9,6 km et 121 m D+) : 1:18:03 + pause 13 min

Boucle 2 (9,6 km et 121 m D+) : 1:15:30 + pause 9 min

Boucle 3 (9,6 km et 121 m D+) : 1:09:18 + pause 13 min

Boucle 4 (9,6 km et 121 m D+) : 1:09:57

Total : 19 h 32 min 55 s (dont 4 h 22 min de pauses/transitions)

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